• Franck Mallet, Musikzen

Barcarolle avec Mel

"Distinguée à l’occasion d’un premier album consacré au piano quelque peu méconnu de Granados (voir ici), Myriam Barbaux-Cohen poursuit son chemin vers des répertoires à redécouvrir. Tel ce choix parmi un généreux catalogue de près d’une soixantaine de pièces destinées au piano par Mel Bonis (1858-1937) – élève de Franck et Guiraud au Conservatoire, dont la personnalité musicale renaît grâce aux efforts de sa descendante, Christine Geliot (arrière-petite-fille), depuis les années 1990. Non pas une œuvre en marge, comme le constatait ce pauvre misogyne de Saint-Saëns (« Je n’aurais jamais cru qu’une femme fût capable d’écrire cela »), mais d’un caractère affirmé, ce dont nous convainc l’interprète, attirée tant par : « les difficultés techniques des pièces que par leur richesse harmonique et leurs mélodies si profondes et… bouleversantes ». Il y a certes du Debussy – condisciple de la compositrice au Conservatoire – dans la Barcarolle op. 71 et La cathédrale blessée op. 107 de 1915, de même que Liszt pourrait revendiquer l’Eglogue op. 12 ou le Carillon mystique op. 31 de 1898 (dédié au pianiste Raoul Pugno), mais Myriam Barbaux-Cohen ne reste pas à la surface des partitions et nous entraîne au plus profond des notes. Magie et sensibilité distinguent le recueil de Pièces pittoresques et poétiques (1910-1932) où les saisissants Crépuscule ou Cloches lointaines n’ont rien à envier au piano de l’époque. Cerise sur le gâteau, Myriam Barbaux-Cohen retrouve l’instrument de « son » Granados, un Bechstein D282 à la sonorité superlative. À un siècle d’écart, Bonis a enfin trouvé une interprète à sa hauteur. "

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